l'évocation de hasni réveille en moi les meilleurs moments de ma carrière d'artiste musicien. j'ai eu le plaisir de travailler avec lui durant les derniers 18 mois avant sa brutale disparition. je suis arrivé, en 1992, à un moment capital dans la carrière de cheb hasni, pour qui son manager noureddine gaifati avait de grandes ambitions.
noureddine savait que hasni avait tout pour casser la baraque et rivaliser avec le n° 1 du raï. chaque fois hasni sortait une k7 au bled, elle se vendait à 200.000 exemplaires (hors piratage). son succès se prolongeait jusqu'ici (france). ses concerts au sein de l'immigration constituaient chaque fois un événement.
lancer la carrière internationale de hasni est devenue une évidence pour son manager. c'est dans ce contexte qu'il est devenu impératif de mettre en place une formation musicale qui réunit des grands professionnels(pointures) pour accompagner cheb hasni de plus en plus sollicité pour faire de la scène en france et dans de nombreux pays.
son manager a tout fait pour l'entourer par une équipe de musiciens de renom, bien formés et expérimentés. c'est en cette période que noureddine m'a contacté pour rejoindre la bande à hasni. tout comme, diwani lattabi : batterie, mehdi el rouigui : basse, mustapha didouh (dit maekel) : clavier et chœur, saïd : derbouka, zino : basse (en alternance avec mehdi) et moi-même à la guitare et au chœur.
en 1992 hasni était à son apôgé fin prêt pour partir à la conquête de la consécration à l'instar d'un certain khaled.
souvent je parlais avec hasni de son rôle sur la scène pour lui dire que c'est lui le maître à bord. il faut le savoir hasni était un grand timide, très peu communicatif. peu à peu, au fil des répétitions et des concerts une osmopse s'est installée entre hasni et nous autres membres du groupe. il avait une capacité extraordinaire d'assimiler les choses et de les intégrer dans son travail d'artiste.
dans les derniers mois ou j'ai travaillé avec lui, il a fait chaque fois, preuve d'une exigence professionnelle de plus en plus grande. rien ne lui échappait. il savait ce qu'il voulait de ses musiciens et de lui-même, le meilleur.
ses derniers travaux, sur scène et en studio illustrent bien le label qualité qu'il a atteint. il voulait finir avec ce qu'il appelait " rebbouj, roubla " le n'importe quoi qui caractérisent parfois les prestations raï...
je me rappellerai toujours de cette superbe blonde norvégienne, emportée par l'émotion. elle s'est jetée à ses pieds enlaçant ses jambes et embrassant ses souliers, en plein milieu du concert au moment ou il interprétait " la tebkich " ne pleures pas. c'était magique!.
chaque fois l'image de hasni me renvoie à cette scène inoubliable qui s'est déroulée sous mes yeux à la salle cosmopolitain à oslo, capital du norvège. ce soir là, j'étais plus que jamais fier de partager la scène avec hasni. au fond de moi-même je me suis dit : " ce bonhomme a forcément quelque chose d'exceptionnelle et de très fort "
en rentrant dans sa loge, hasni était visiblement marqué par cette femme d'une autre culture et d'un autre monde qui s'est jetée à ses pieds. il en était profondément touché.. je crois, que ce jour là, il a pris conscience, qu'il détenait un charisme et une musique qui le dépassaient lui-même et dépassaient les barrières des langues.
il est vrai, que la voie de hasni, sa musique, ses mélodies sont chargées d'émotion qui ne reconnaît pas les frontières de quelque nature que ce soit.
en dehors de la scène et du travail, hasni était connu pour sa générosité. il avait cette dimension de grand seigneur qui caractérisent les artistes de sa catégorie. il était très attachant. il suscite en vous l'envie de l'avoir comme ami.
hasni était très distant par nature, mais dès qu'il se sent en confiance, il laisse découvrir un être exceptionnel. je peux dire aujourd'hui, que j'ai eu l'honneur d'entendre hasni me parler de ses blessures, de ses déceptions et ses souffrances et ses espoirs
et, il en avait à son jeune âge. quand j'écoute ses chansons, je me rends compte à quel point elles lui ressemblaient. hasni souffrait beaucoup pour l'algérie et sa jeunesse. il avait un attachement très fort aux siens. il faisait siennes leurs frustrations et difficultés de tous les jours. il en parlait avec révolte et haine contre un système qui asphyxie et tue d'ou la chanson "atouni visa"
il croyait fort à une algérie apaisée, sereine et prospère. il me disait : " pour toute la fortune du monde, je ne quitterai jamais, l'algérie, oran, gambetta... ". et il ne les a plus jamais quittés depuis ce jour maudit, un certain 29 septembre 1994. dire que le sort a voulu que ce soit moi qui ai annoncé la nouvelle de son décès à notre ami commun yahya belaskri journaliste à rfi.
je n'oublierai jamais, ce coup de fil matinal, de ma sœur d'oran eckhmül qui me disait en sanglot : ils viennent de tuer hasni...
ce jour là, c'était plus fort que moi, j'ai pleuré, pleuré comme jamais je n'ai pleuré de ma vie.
Publié le : 25/04/2008 à 16h32