dépossédé de sa couronne, le roi du raï revient avec un nouvel album, liberté. d'entrée, il y a les violons, ceux de la chanson classique égyptienne, enregistrés au caire précisément. mélopée langoureuse et mélancolique, rejointe par les notes ondulantes du luth arabe oud. dès l'ouverture de liberté, nouvel album de khaled, le septième depuis le succès planétaire du tube didi en 1992, l'ambition du chanteur ne fait pas de doute.
khaled. signe des temps, le sourire que l'on a connu jadis grand ouvert se fait aujourd'hui plus discret. le chanteur, cependant, n'a rien perdu de son talent.
a 49ans, khaled, l'enfant d'oran devenu roi du raï au mitan des années 1990, entend retrouve
r une couronne qu'il ne savait plus porter. comment? en cherchant dans un passé pas si lointain un matériau musical propre à relancer une carrière plutôt mal en point. ainsi entendra-t-on le chanteur algérien esquisser de beaux mélismes, les mawwals, improvisations vocales mi-savantes, mi-populaires.
après kenza en 1999 (mon joyau en arabe, du prénom de sa seconde fille), après ya-rayi en 2004 (mon opinion), khaled chante liberté . surprise. contrairement à ce qu'indique le titre, tous les titres sont en arabe. un choix somme toute audacieux pour celui qui s'était fait le chantre, bon gré mal gré, d'un multiculturalisme bien-pensant à la sauce hexagonale, avec pour sommet le tube très variété aïcha, en 1996.
on ne l'attendait plus. en 2009, khaled est ressuscité, retrouvant au passage le goût du grand écart entre la musique populaire de son pays natal et les accents électriques, de la pop notamment. une seconde naissance, en quelque sorte.
né en 1960 dans un faubourg d'oran, le jeune khaled se frotte très tôt à la musique. son père le lui interdit? qu'importe! nourri d'elvis presley, de yé-yé, autant que des vieux poètes et chanteurs oranais, l'adolescent chante dans les mariages et les cabarets en compagnie du groupe cinq etoiles. un rêve d'enfant? un rêve très concret, en fait. les enregistrements s'empilent – cinq albums au total – mais le jeune homme, premier prix au festival d'oran en 1985, ne touche pas un denier.
le public, en revanche, lui rend un salaire de premier de classe. public citadin, essentiellement, jeune, sans grands moyens, mais séduit par la façon toute cavalière dont khaled (que l'on appelle désormais cheb, le jeune, en arabe) embrasse les thèmes peu convenables de l'amour, de la fête et de l'alcool. khaled est en vogue. il est une vedette nationale. les tchi-tchi, jeunesse bien née, ne s'y trompe pas, qui écoute elle aussi ses ballades anticonformistes.
ajoutez-y les instruments de l'occident, synthétiseurs, boîte à rythme et guitares électriques: le résultat détonne. tôt embarqué dans l'aventure du raï, khaled en devient un de ses principaux représentant. reste à conquérir un pays qui lui donne envie: la france. d'alger à barbès, il n'y a qu'un pas, que les cassettes du chanteur ont franchi depuis longtemps. a son arrivée en 1986 à paris, khaled chante dans un festival de raï, à bobigny. surtout, il enregistre son premier disque produit hors d'algérie. suivra khaled, album homonyme élaboré à bruxelles et los angeles par des pontes du studio, notamment le nord-américain don was. succès phénoménal en 1992. le raï se découvre aux foules d'europe, le titre didi se retrouvant sur les ondes d'israël, d'inde et du brésil.
khaled proposera encore n'ssi n'ssi, son autre réussite discographique, chantera en duo avec mylène farmer, santana, plus tard avec noa. un trio avec faudel et rachid taha, des actions pour la paix dans le proche-orient. une paternité non reconnue. des embrouilles. clap de fin? lorsqu'en 2002 khaled joue pour la première fois depuis sa jeunesse à oran, le cheb semble se ranimer. depuis, l'homme semble avoir retrouvé le sens du raï.
khaled, liberté, cd universal
fabrice gottraux - tribune de genève- le 16 avril 2009
Publié le : 21/04/2009 à 21h15