Des milliers de soldats tentent de reprendre le contrôle de la grande ville pétrolière du Sud,qui échappe au gouvernement. Les miliciens de l'Armée du Mahdi menacent d'un soulèvement.
C'est un combat à l'issue incertaine qu'a engagé, hier, à l'aube, le gouvernement irakien : des milliers de soldats gouvernementaux ont pénétré dans Bassorah, la grande ville chiite du sud du pays (2,6 millions d'habitants), qui échappe au contrôle de Bagdad. Les troupes d'occupation britanniques (4300 hommes) s'en sont retirées en décembre - elles stationnent à l'aéroport en attendant leur rapatriement - et le vide a été comblé par des milices rivales. Enjeu : le pétrole, première ressource de l'Irak, dont la région est la principale productrice.
Le Premier ministre Nouri al-Maliki était arrivé, dès lundi, à Bassorah (550 km au sud de Bagdad), pour annoncer la reprise en main de cette cité stratégique livrée, selon lui, à tous les trafics : pétrole, armes, drogue... Des avions avaient largué des tracts ordonnant de ne pas envoyer les enfants à l'école.
Face aux miliciens de Moqtada Sadr
Trois brigades (15 000 hommes) ont été envoyées en renfort depuis Bagdad, appuyées par l'aviation occidentale qui survole ville. Des combats ont éclaté dans plusieurs quartiers, d'où s'élevaient des panaches de fumée. Les hôpitaux faisaient état de nombreux blessés et dénombraient au moins douze morts.
Les soldats semblent rencontrer une forte résistance de l'Armée du Mahdi, la plus puissante des milices chiites d'Irak (60 000 hommes) dont le jeune chef, le populiste Moqtada Sadr, conteste, depuis 2003, la présence américaine, alors que la plupart des politiciens chiites avaient tacitement soutenu le renversement de Saddam Hussein, dictateur issu de la minorité sunnite.
Depuis juin 2007, Moqtada Sadr avait proclamé une trêve des attaques de l'Armée du Mahdi, perpétrées aussi bien contre les milices sunnites que contre l'armée américaine. Cette trêve, prorogée en janvier, a largement contribué à la diminution de la violence enregistrée ces derniers mois en Irak.
Le gouvernement semble cependant vouloir en terminer avec l'épée de Damoclès que fait peser Sadr, héritier d'une lignée d'ayatollahs persécutés par Saddam Hussein, extrêmement populaire dans tout le sud de l'Irak et dans les banlieues pauvres de Bagdad. Sadr a mis à profit la trêve pour développer ses services sociaux, sur le modèle du Hezbollah libanais ou du Hamas palestinien.
Nouri al-Maliki a-t-il sous-estimé l'Armée du Mahdi ? Hier, tandis que Moqtada Sadr ordonnait une grève générale et menaçait d'un soulèvement général, des troubles ont éclaté dans plusieurs villes du Sud (Hilla, Kout, Nassiriyah) et des sadristes ont attaqué l'armée américaine dans la capitale.
Publié le : 01/01/1970 à 01h00